Présentation

Jeudi 20 juillet 2006 4 20 /07 /Juil /2006 19:20

Balade nocturne, l'homme rode aux abords du temple. Il est chez lui mais la place est occupée. Les femmes sont là, possédant tout l'espace de leurs corps et de leurs voix.

Il attend leur départ, allongé entre deux colonnes, les touchant du pied et de la main pour mieux les ressentir.

Elles persistent, s'incrustent dans le paysage, tournent et retournent, tantôt immobiles dans un coin, tantot dessinant d'incroyables volutes sur leur trajectoire, tissus battant pavillon féminin dans les grands vents de tempête apportés par le large.

Le temple s'insurge. Le principe feminin ne peut supplanter son égal. Pas dans ce lieu dédié au masculin. Elles ont aussi leur temple, un peu plus haut.

Pourquoi sont-elles là ?

Pas de confusion, pas de mélange des styles imposé, pas de partage obligatoire en tous instants.

Dehors ! Fuyez de mes dalles ou je déchaîne encore plus les éléments sur vous.

Tremblez devant mes menaces.

Vous ne me croyez pas ?

Je soulève chez vous la peur, en appellant à tous mes pouvoirs.

Frissonnez, un monde souterrain s'éveille qui ne veut pas de vous ici.

Je transforme en harpies les moindres éléments mobiles et en membres avides de votre energie chaque pierre de ce lieu.

Fuyez avant de goûter à la folie de vos terreurs.

Elles se posent et écoutent ces violentes recommandations, relégant leurs peurs sans fondements aux calandes indiennes.

Elles acceptent de ne pas posséder l'intégralité du lieu, ni par la séduction ni par la force, mais demandent un sursis, une trêve de quelques instants. Elles ne sont pas venues conquérir mais partager. Elles se contenteront de miettes s'il le faut, mais données, non volées puis s'évanouiront dans la nature pour peut-être ne jamais revenir.

Il s'arrête de souffler et de tenter d'arracher leurs étoffes avec les griffes du vent.

L'acalmie leur offre ce qu'elles étaient venues chercher, l'énergie du point de jonction d'entre les mondes terrestres - immateriels, terre - mer, masculin - féminin, orient - occident. Puis s'éloignent muettes, lentement, presque à regrets, rassasiées mais non repues.

Le souffle puissant reprend alors son grondement. Les embruns jaillissent par vagues.

Leur sommeil sera lourd cette nuit, balloté par les bruits des éléments en furie.

L'homme s'installe confortablement au centre du temple. Son rituel va enfin pouvoir commencer, lové au coeur de la tempête.

Au petit matin, il ne restera aucune trace de ces agitations nocturnes, ni sur l'homme, ni sur les femmes, ni sur le temple, si les mers et les océans qui se rencontrent  là-bas à Kanyakumari.

 

 

Par chante - Publié dans : 2filles-en-inde
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